HIATUS, subst. masc.
A. — PHONÉT. et VERSIF. Rencontre de deux voyelles appartenant à des syllabes différentes, à l’intérieur d’un mot (hiatus interne) ou dans la succession de deux mots (hiatus transitoire). Synon. vx et inus. bâillement.
« Monsieur et Madame, vous serez bien aises, je crois, de savoir que j’arrivai ici hier. (Voilà un affreux hiatus dont je vous demande pardon) » (courier, Lettres Fr. et Ital., 1809, p. 790).
« Les liaisons sont encore très usitées en vers (…) elles ont pour but et pour effet d’empêcher l’hiatus, que la plupart des poètes évitent encore avec soin » (mart. Comment prononce 1913, p. 356).
B. — P. anal.
  1. Vx. Solution de continuité (dans une chose ou entre deux choses). Synon. espace, ouverture.
    « Grand hiatus de l’égout du Marais qui resta béant jusqu’en 1833 » (hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 516).
    « Le hiatus de sa bouche restant grande ouverte » (goncourt, Journal, 1892, p. 213).
    « Une femme doit-elle retrousser sa robe en marchant? Immense problème, si vous vous rappelez combien de femmes empoignent sans grâce, au bas du dos, un paquet d’étoffe, et vont en faisant décrire, par en bas, un immense hiatus à leurs robes… » (balzac, Théor. démarche, 1833, p. 634).
    ANAT. Orifice étroit et allongé. Hiatus œsophagien. Orifice du diaphragme qui fait communiquer les cavités abdominale et thoracique.
    « Nous étudierons surtout les hernies de l’estomac qui se produisent par l’orifice œsophagien ou hiatus œsophagien » (quillet, Méd., 1965, p. 144).
  2. Au fig. Distance (entre des choses abstraites, des personnes) marquant une différence. Synon. coupure.
    « On évoque là un hiatus profond entre les deux docteurs » (benda, Fr. byz., 1945, p. 281).
    V. dimanche ex. 2.
REM. Hiatal, -ale, -aux, adj.
[Correspond à hiatus B 1, anat.] Qui se rapporte à un hiatus. Hernie hiatale.
« Le traitement des hernies hiatales de l’estomac peut être médical ou chirurgical » (quillet, Méd., 1965, p. 145).
Prononc. et Orth. :
[jatys] init. gén. non asp. Ex. init. asp. : ce hiatus, du hiatus, au hiatus (grev. 1964, § 101). Le mot a 3 syll. ds FÉR. 1768, LAND. 1834. Durée longue (barbeau-rodhe 1930) ou demi-longue (passy 1914) de [y]. Att. ds Ac. dep. 1718.
Étymol. et Hist. :
  1. 1521 « élision » (fabri, Rhet., l. 11, fo 47 ro ds GDF. Compl.; v. aussi FEW t. 4, p. 418b), attest. isolée;
  2. 1690 « rencontre de deux voyelles, l’une finissant un mot, l’autre commençant le mot suivant » (fur.);
  3. 1694 « solution de continuité entre les scènes d’une pièce de théâtre » (corneille). Mot lat. (de hiare « s’entr’ouvrir, être béant », rhét. « avoir des rencontres de voyelles ») littéralement « action d’ouvrir, ouverture » et terme de rhét. « rencontre de deux voyelles ».
Fréq. abs. littér. :
88. Bbg. ARICKX (I.). Les Orthoépistes sur la sellette. Trav. Ling. Gand. 1972, n°3, p. 134. - JOURJON (A.). Rem. lexicogr. R. Philol. fr. 1915/16, t. 29, p. 300.